New York, les grands espaces – KULT 001

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Voyage vers l’Amérique – les œuvres sur New York et la nature, les Grands Espaces.

Maxime: Bonjour Clément, bonjour Thibaut!

Aujourd’hui, pour la toute première, on va discuter un petit peu de New York, des grands écrivains qui nous viennent de là, et puis des événements qui se passent dans cette ville qui ne dort jamais, avec Clément par exemple, ta passion en vue de Paul Auster.


La Trilogie New-Yorkaise, La Nuit de l’Oracle, Le Diable par la Queue – Paul Auster

Clément: Oui, alors moi j’ai lu la trilogie new-yorkaise. C’est un grand classique, c’est très connu. Alors malheureusement j’avais ambitionné d’en lire le livre avant quand même d’en parler. Finalement, dû à différentes circonstances que je n’expliquerai pas ici, mon temps de cette semaine s’est un petit peu raccourci et je n’ai lu que les deux dernières parties plus le début de la première.

C’est déjà, en fait, il y a déjà beaucoup beaucoup de choses à lire. Au moins je ne ferai pas de spoil sur la fin de la première histoire. Mais en fait pourquoi cette introduction ? C’est parce qu’en se mélange ces trois nouvelles qui sont extrêmement imbriquées les unes dans les autres. Alors c’est aussi un peu représentatif de tout ce qu’il a écrit, enfin de tout ce que j’ai pu lire. J’ai pas tout lu non plus de Paul Auster, mais quelques-uns quand même. Et il y a énormément de choses, de thèmes, qui se retrouvent dans ces histoires, dans ces trois petites nouvelles, qui sont présentes dans beaucoup de livres.

Donc je sais que Thibaut, tu voulais parler de « La nuit de l’oracle ». C’est un autre livre de Paul Auster qui contient beaucoup de références un peu peut-être à ces méthodes d’écriture. C’est un écrivain comme ça, c’est le propre de beaucoup de grands écrivains, mais qui n’arrête pas d’écrire sur le fait d’écrire, et de trouver comme motivation même d’écriture.

Voilà ce que c’est qu’un livre, comment est-ce qu’on débute, qu’est-ce que c’est que les mots, qu’est-ce que c’est que l’histoire. Et dans ces nouvelles-là, ça se retrouve aussi. Je ne sais pas si c’est le propre de Paul Auster, mais quand même, c’est quand même relativement caractéristique. Donc il essaye de creuser tout le temps la barrière entre la fiction et la biographie, et celle ou pas, dans la plupart de ses livres. Donc là, c’est encore le cas dans ces histoires-là. Il y a toujours un jeu qui est vraiment super intéressant à redécouvrir à chaque nouvelle lecture, entre sa propre biographie et la fiction de ses personnages.

Alors sa biographie, elle est publiée, c’est un superbe livre d’ailleurs que je conseille qui s’appelle « Diable par la queue », qui est un petit livre assez facile à lire, avec beaucoup d’humour, plein d’anecdotes. Mais ce qui est intéressant, c’est que c’est presque une sorte de clé de lecture de tout ce qu’il a écrit après, où il s’amuse dans tous ses autres livres à transformer cet espèce de matériau biographique de sa vie à lui, en le remettant dans des contextes complètement délirants, de crimes, d’histoires complètement surréalistes. Et c’est quelque chose de vraiment intéressant à voir.

Dans ces trilogies new-yorkaises, moi ce que je trouve vraiment exceptionnel c’est l’idée, donc ces trois petites histoires, en fait chacune raconte un même fantasme peut-être, mais qui reste toujours implicite. Donc il y a comme si on voulait raconter une histoire, mais on sait pas exactement ce que c’est que cette histoire-là, du coup on en raconte une autre. Et en fait il y en a trois comme ça. Donc il y a trois nouvelles qui a priori n’ont pas grand chose à voir, mais qui n’arrêtent pas de donner des indices sur ce qu’on pourrait comprendre de rapprochement entre elles. Il y a plein de parallèles, des noms de personnages qui se ressemblent, des situations similaires, des moments un peu particuliers qui font référence.

Mais à chaque fois, c’est toujours un petit peu décalé et le ton général est complètement différent. Donc on a vraiment trois styles assez distincts. Et tout ça, ça donne une ambiance très mystérieuse, comme une sorte d’énigme à déchiffrer, quelque chose qui nous reste dans la tête et qu’on essaye de creuser, de comprendre. Et mélangé à tout ça, le rapport aussi est un petit peu explicite. Donc l’auteur lui-même explique dans ses nouvelles un petit peu ce que je viens de dire. Donc il y a un côté un peu auto-explicatif. C’est fascinant, je trouve.

Maxime: Est-ce que tu dirais que tout cela forme un tout cohésif, malgré les répétitions, les personnages, etc. Ça donne quand même trois livres qui valent la peine d’être lus ?

Clément: Oui, oui, absolument. Donc on peut lire la première nouvelle, moi en l’occurrence c’était la troisième. On se dit, waouh, c’est vraiment intéressant, c’est original, il y a un twist qui vaut le coup, c’est en plus un peu mystérieux, c’est bien écrit. Mais après on lit la deuxième et tout d’un coup ça rajoute une couche sur la première. En fait, on apprend plein plein de choses qu’on peut recomprendre de ce qu’on vient de lire.

Tout d’un coup, remettre ça dans un autre contexte et se dire, en fait, ces personnages-là, ça pourrait être compris, on pourrait les comprendre de cette façon-là. Et après, paf, il y a une troisième couche, donc on lit la troisième nouvelle et hop, ça rajoute encore un niveau de démultiplication un peu de cet univers. C’est assez incroyable. Je ne sais pas si d’autres auteurs essayent de faire à ce point-là ce genre de jeu avec leurs propres livres, comme un jeu de miroir en fait.

Donc il y a une petite histoire assez simple et on essaye de la multiplier dans tous les sens. Au niveau de l’interprétation, ça reste assez ouvert. Il y a quelques lignes conductrices assez définies. Je pense que volontairement, il essaie de laisser les choses ouvertes à l’interprétation. Il y a aussi des références culturelles assez chouettes. Des mentions de Haydn, de la symphonie à la lune, je crois. Et tout ça, oui, dans des toutes petites nouvelles, donc c’est une centaine de pages à chaque fois. J’ai des idées pour rendre ça un peu plus concret, de parallèle avec notamment la nuit de l’oracle. Thibaut, tu voulais expliquer parce qu’il y a des points communs.

Thibaut: Oui, en t’écoutant, indéniablement, il y a des points communs puisque tu parlais de écrire sur le fait d’écrire. La nuit de l’oracle, le départ, c’est un peu ça. C’est un écrivain qui est sorti de l’hôpital, qui a eu des problèmes assez importants. et qui tout à fait par hasard tombe sur une papeterie qui n’existait pas dans son quartier ou en tout cas pas très loin de chez lui et là il achète un cahier bleu portugais puisqu’apparemment c’est un produit au Portugal qui va complètement le haper et il va se mettre à écrire comme ça une histoire et être vraiment pris dedans à tel point que c’est comme si presque s’il disparaissait du monde au moment où il écrit.

Il y a une sorte de presque de réalisme magique aussi donc il y a toujours forcément cette histoire là qui est imbriquée donc ça c’est une première histoire Et puis en fait il va se retrouver un peu bloqué, parce qu’à un moment son personnage se trouve enfermé, je vous passe les détails, et il se dit qu’à un moment il faut passer à autre chose et donc il va aussi écrire d’autres histoires. Moi ce que je trouve assez fort et que je retrouve chez d’autres d’autres américains, moi c’est le premier, j’ai découvert Call of Star avec ce bouquin-ci, simplement parce qu’il était présent chez mes parents, donc voilà, je ne vais pas dire que j’ai… voilà, je l’ai pris parce qu’il était là, c’était simplement pour ça.

J’aime beaucoup ces écrivains qui écrivent sur le fait d’écrire et que je retrouve chez d’autres auteurs, comme je disais, donc par exemple John Irving, c’est quelque chose qu’il aime beaucoup faire. Lui aussi, on pourra en reparler une prochaine fois, il inclut beaucoup d’éléments autobiographiques mais sans jamais parler de lui directement. C’est peut-être pour ça d’ailleurs que ces écrivains arrivent à rendre leur récit extrêmement vivant et pas du tout éloigné des réalités. On pourrait se dire que ça va être difficile pour moi de rentrer dans quelque chose que je ne connais pas parce que je ne suis pas moi-même écrivain.

C’est ça qui est aussi assez prodigieux, c’est qu’il y a un suspense, une tension narrative. qui fait qu’on est happé. On est happé non seulement par l’histoire du personnage, mais aussi par les histoires qu’il écrit et qu’on a envie de connaître. La petite réserve que j’avais, c’était que dans ce bouquin-ci, il adore les notes de bas de page, donc ça, il multiplie un peu beaucoup, donc ça fait des très grosses digressions. Ce serait vraiment la seule réserve. Sinon, moi, ça m’a vraiment donné envie d’en lire d’autres. Paul Auster, est-ce que ce que tu viens de me dire de la trilogie New-Yorkaise me fait penser que ça me plaira aussi ?

Clément: Je crois que les notes de bas de page, c’est quelque chose qu’il n’a pas réutilisé dans beaucoup d’autres livres. À mon avis, ça doit être assez typique de La nuit de l’oracle. En tout cas, il n’y en a pas, par exemple, dans la trilogie New-Yorkaise. Par contre, des histoires imbriquées, oui, absolument. Et je ne sais pas si c’était clair, mais effectivement, dans La Nuit de l’Oracle, on apprend aussi l’histoire qu’écrit le personnage.

Donc, il y a des parties de son récit qui sont effectivement imbriquées. Et alors, le livre utilisé, tu parlais du carnet bleu. Donc, cette image du carnet bleu qui est aussi sa révélation de comment écrire, c’est un espèce d’outil. Tout d’un coup, il achète ce carnet, il tombe un peu amoureux de ce carnet-là. et ça le débloque en fait dans son inspiration et donc le personnage arrive à aller au bout de ses idées. Dans la trilogie new-yorkaise, le héros, si on peut dire comme ça, c’est une sorte d’anti-héros, qui est aussi un écrivain mais qui n’a rien à voir, un tout autre genre, utilise un carnet rouge.

On voit la connexion. Il y a aussi tout un jeu sur les noms, en fait. Donc il y a toute une histoire avec des personnages qui justement s’appellent avec des noms de couleurs. Donc il y a M. Brun, M. Bleu.

Thibaut: Ah oui, donc il aime les couleurs, parce que dans La nuit de l’oracle, il parle aussi, c’est un détail, mais de l’équipe des Bleus, l’équipe des Gris, je pense, et je ne sais plus quel autre, qui font référence à quand il était jeune, dans des espèces de camps de jeunesse, il se retrouvait et il formait des équipes comme ça. Et donc il y a encore ce jeu avec les couleurs, alors, visiblement.

Clément: Et la mémoire, du coup ? C’est pas étonnant que ce soit un élément qu’il ait récupéré et qu’il réutilise de cette façon-là. Ça a l’air d’être assez typique, la façon de faire. Mais du coup, ça crée des sortes de coïncidences un petit peu entre ces livres. Il y a des éléments qui se rassemblent et on sait pas trop si c’est volontaire ou pas.

Maxime: Écrire sur l’écriture, est-ce que ce n’est pas un petit peu pour combattre le syndrome de la page blanche ?

Clément: Oui, très certainement. Mais peut-être aussi de vouloir dire quelque chose qui ait du sens. C’est vrai qu’un chroniqueur qui aurait interviewé quelqu’un pour un fait d’actualité ou ce genre de choses, il a quelque chose à dire. L’écrivain, il a quelque chose à défendre. Peut-être le droit justement de pouvoir écrire sans avoir directement la matière qui s’est imposée à lui. d’inventer quelque chose. Mais du coup, en plus de la page blanche, il y a un peu cette idée peut-être de légitimité aussi.

Finalement, c’est quoi ce temps qu’on passe actuellement à écrire ? Et donc la réflexion qui vient peut-être de, effectivement, si on commence par écrire cette idée-là, qu’est-ce qui s’en dégage ? On pourrait peut-être retracer un genre d’écriture de ce style-là, mais les écrivains qui écrivent à partir de la substance la plus minimale, C’est très souvent des chefs-d’œuvre. Ça me fait penser à Henri Michaud. C’était un écrivain belge. Bon, pour l’anecdote, il avait renié sa nationalité belge pour devenir français. Mais à côté de ça, il a vraiment une sorte d’écriture un peu étrange. On voit vraiment qu’il fabrique son discours à partir presque du néant. Tout d’un coup, il y a quelque chose qui doit être dit. Et puis des émotions qui viennent, des réflexions philosophiques, des dialogues entre les personnes, mais vraiment spontanés. quelque part. En même temps, très travaillé aussi.

Thibaut: Moi, je pense que ce n’est pas suffisant d’écrire sur le fait d’écrire. En fait, si tu construis simplement ton roman là-dessus, je pense que tu vas vite tourner en rond. Et surtout, tu risques de ne pas passionner tes lecteurs parce que finalement, tu n’écris pas que pour toi. Tu écris aussi pour être lu. Et c’est ça pour moi que dans La nuit de l’oracle et John Irving aussi, il y a plein de choses à côté aussi. Il y a des événements dans La nuit de l’oracle assez terribles dans la vie du personnage principal, du narrateur. et y compris dans la vie de ses proches et simplement il fait exister ces événements là avec l’acte d’écriture et c’est plutôt comment les deux s’articulent que simplement j’écris sur mon métier finalement.

Clément: Oui et peut-être comme tu disais pour donner un aspect concret finalement il se fait que c’est quelqu’un qui vit de cette façon là et donc ce qu’il a à lire sur la vie ça prend ce biais là d’une certaine façon mais c’est vrai pas forcément dans le but de vouloir décrire ce que c’est que d’écrire un bon livre mais plus décrire ce que c’est qu’une vie quoi. La sienne elle passe par l’écriture donc du coup son personnage utilise ce moyen là pour décrire ce qui l’entoure.


Libra – Don DeLillo

Thibaut: Maxime, est-ce qu’on retrouve un peu ça aussi chez Don DeLillo que tu as lu ou pas du tout ?

Maxime: Disons que si on parle par exemple de Libra que j’ai lu récemment, on est assez loin des thèmes d’écrire sur l’écriture parce que là c’est vraiment se concentrer sur l’histoire qui est en fait une sorte de fiction historique un petit peu avec un côté inspirationniste parce que donc Libra qui veut dire balance, donc le signe astrologique balance en anglais, se concentre vraiment sur Lee Oswald, l’assassin de JFK, de Kennedy, et on va retracer vraiment depuis son enfance jusqu’au moment où il va assassiner JFK, donc c’est pas vraiment un spoiler j’imagine, ça fait quand même un petit temps. On va retracer vraiment toute sa vie et donc on va aussi rajouter beaucoup d’éléments qui sont maintenant entrés dans la culture américaine au niveau de ce qui est conspiration.

Donc on a par exemple des agents de la CIA qui sont aussi dans l’affaire, qui essayent un petit peu de le pousser, qui recrutent, qui cherchent un petit gars paumé avec des tendances communistes qu’on pourrait pousser à commettre l’irréparable. Et puis il y a aussi les milieux mafieux là-dedans. Donc ça c’est loin d’écrire un livre vraiment sur l’écriture, je dirais. Mais c’est vraiment un beau document, en partie historique, parce que les faits qui sont apposés dans cette histoire pour la part de fiction, elle est très difficile à cerner.

Peut-être évidemment au niveau de certains dialogues, mais même à ce niveau-là, Don DeLillo s’est beaucoup inspiré aussi de la commission Warren, qui a fait en fait enquête sur les événements après l’assassinat de Kennedy, et où il y a vraiment pas mal d’acteurs qui sont venus s’expliquer. Donc par exemple, la femme d’Oswald, mais aussi Jack Ruby, l’homme qui a assassiné Oswald deux jours après. et tout un mélange de personnages. Je n’arrive pas vraiment à retomber sur l’idée d’écrire sur l’écriture, mais c’est un roman qui impressionne quand même pas mal. J’ai eu peut-être un petit peu de mal au début pour commencer, mais après quand je m’étais donné une date limite, je me suis vraiment lancé dedans sérieusement. C’était assez prenant comme histoire, donc je vous conseille aussi.

Clément: Ce que tu dis avec la fiction, c’est intéressant parce que je ne sais pas si vous avez vu les émissions, les news de l’époque de l’assassinat de JFK. Déjà, le format des informations, c’est un format qui travaille sur l’actualité, mais qui le travaille de façon narrative. Il y a une forme de construction d’une histoire à propos de faits réels. Et quand les faits réels sont complètement dingues, du type justement de l’assassinat de JFK, ça devient un espèce d’objet complètement bizarre et qui brouille un petit peu les frontières entre la fiction et la réalité. Et c’est peut-être pas un hasard du coup si ça fournit tout un tas de prétextes pour les théories complotistes et ce genre de choses. Quand on raconte ce genre d’histoire finalement, on ne peut pas s’empêcher de perdre un petit peu ses repères habituels entre ce qui est réel et ce qui n’est pas. Ce que tu dis dans ce livre-là, c’est intéressant qu’il l’utilise aussi peut-être.

Apparemment, il a gagné des prix Pulitzer, deux prix. C’est marrant par rapport à ce qu’on disait aussi sur l’écriture, c’est peut-être que lui, il n’a pas besoin de trouver un prétexte à écrire qui récupère justement son matériau un peu de l’extérieur. C’est le parallèle que tu disais avec le fait de ne pas écrire son écriture. Effectivement, c’est assez différent de Paul Auster. Par contre, le mélange de fiction, le fait de perdre un petit peu ses repères, c’est typique des romans de Paul Auster. Il y en a un en particulier, je vais essayer de retrouver le titre pendant que je parle, mais qui est vraiment impressionnant là-dessus.

Non seulement c’est des histoires imbriquées les unes dans les autres, mais il reconstruit des faux faits historiques sur l’histoire du cinéma. Et c’est vraiment très perturbant parce que quand on n’est pas forcément, comme moi, un expert de cinéma ou ce genre de choses, tout ce qu’il explique, ça paraît très, très réel. On se dit, mais oui, effectivement, cet acteur-là, pourquoi pas ? Et en fait, tout, rigoureusement, tout est inventé. Donc il n’y a pas un seul fait vrai dans son livre. C’est vraiment amusant comment le romancier essaye de trouver du matériau pour écrire son histoire.

Maxime: C’est ça en fait, les romanciers sont vraiment des maîtres menteurs on peut dire.


Le Livre des illusions – Paul Auster

Clément: Le livre des illusions, le titre le vend bien et c’est vraiment ça. Le livre des illusions, c’est un réseau d’histoires imbriquées les unes dans les autres qui sont toutes inventées et qui toutes donnent vraiment une impression étrange de réalité. On a vraiment envie de voir les films qu’ils citent alors que rien n’est vrai.

Maxime: C’est un petit problème que j’ai aussi par exemple quand ça m’arrive beaucoup avec Emmanuel Carrère. À chaque fois qu’il va citer des livres, il les vend tellement bien que je les rajoute à ma liste de lecture. À chaque fois que j’ai lu un livre de Carrère, j’ai 5 ou 10 livres en plus. Ils vont tellement bien, certains livres qui l’ont influencé que je ne peux pas m’en empêcher.

À mon avis, c’est la même chose au niveau cinéma, comme tu disais. Juste pour faire un petit rebond sur le Prix Pulitzer, comme ça je peux terminer sur la partie Libra. Donc, j’ai fait un petit peu de recherche par après et apparemment, Kennedy a aussi eu le Prix Pulitzer en 57 pour le livre qu’il a écrit qui est Profil dans le courage, si on peut traduire ça comme ça. Et c’est en fait huit biographies sur huit sénateurs américains qui ont eu le courage d’aller à l’encontre de la pensée dominante dans leur partie sur certains thèmes.

En fait, ça l’a bien aidé pour après gagner la présidentielle face à Nixon. Et par après, il a en fait conseillé à Nixon d’aussi écrire un livre parce que ça pourrait l’aider à affirmer son assise comme homme public. Et donc, évidemment qu’à fait Nixon, il a écrit son livre aussi, Six crises. Et en fait, ce qu’on ne dit pas, ce qui est quand même bien caché, c’est que dans les deux cas, c’était un écrivain fantôme qui a fait le boulot évidemment. Les deux se sont quand même bien vendus.

Clément: Le même écrivain fantôme ?

Maxime: Non, non, pas le même. C’est souvent en fait le rédacteur du discours, parce que j’ai dû chercher le terme, le speechwriter, qui s’occupe de ça. Ça c’était le cas, du moins c’est le cas pour Kennedy. Comme ça, ça termine un peu la partie de cette théorie du complot sur l’assassinat de Kennedy. Est-ce qu’il y avait un ou deux tireurs au plus ?

Clément: Pourquoi vous croyez que le livre d’Obama, c’est pas lui qui l’a écrit ?

Maxime: C’est une bonne question, je sais que Thib tu l’as lu.

Thibaut: Effectivement. De toute façon, répondre à cette question c’est toujours difficile. Il semble quand même qu’il ait la capacité de pouvoir le faire lui-même. Ce n’est pas toujours le cas de pseudo-stars qui écrivent leur biographie à parfois à 30 ou à 35 ans, mais disons qu’on sentait quand même une volonté chez lui de prendre du recul sur les événements, sur ses propres décisions, et qui rendait les choses quand même assez personnelles. Donc il explique pourquoi il fait les choses, parfois pourquoi il n’est pas d’accord avec son équipe, mais qu’il est quand même forcé de la suivre, des dilemmes auxquels il est confronté, et parfois qui vont en contradiction avec ses valeurs, ce qu’il pense, voilà, donc ça semblait assez réel en tout cas pour qu’il l’ait écrit lui-même.


L’Homme Qui Tombe – Don DeLillo

Maxime: Et puis au niveau théorie du complot, il y a aussi « L’homme qui tombe de DeLillo.

Thibaut: Oui, notamment les attentats du 11 septembre, c’est un autre sujet, peut-être même plus important encore aujourd’hui en termes de théorie du complot. Pour le coup, ce bouquin s’ancre très clairement dans les attentats même, puisque ça commence comment ? En fait, c’est un homme qui surgit des combres, Donc on est vraiment le jour du 11 septembre, juste après que les tours se sont écroulées, et il a une mallette à la main, il ne sait pas d’où elle vient. Et ce que va raconter ce livre finalement, c’est un peu un monde qui s’écroule et un homme qui se retrouve confronté à un chaos.

Ce qui était aussi intéressant, c’est que l’homme qui tombe fait référence à plusieurs choses, non seulement à un artiste performeur, mais finalement un peu à lui-même aussi. qui se retrouve un peu comme ça, hébété dans sa propre vie. Ici, évidemment, les attaques du 11 septembre sont le point de départ et donc un des sujets principaux du livre. Ce qui est particulièrement marquant, je trouve, dans la littérature américaine contemporaine, depuis le 11 septembre précisément, c’est presque l’omniprésence de cet événement, ou en tout cas qui revient très souvent dans les littératures.

Parfois c’est simplement évoqué, mais comme si ça avait tellement marqué les Américains, sans doute, ben oui, finalement, la toute puissance américaine, pour la première fois, frappée sur son propre territoire, parce qu’on ne parle pas d’une base militaire à l’étranger, par exemple, ce qui est quand même quelque chose de très différent, et qui a dû marquer profondément la culture américaine, finalement.

Extrêmement fort et incroyablement près – Jonathan Safran Foer

Thibaut: Et j’ai envie, du coup, de faire le lien avec un autre livre du 11 septembre, qui est extrêmement fort et incroyablement près, Jonathan Safran Foer. Là, on n’est pas du tout dans le même genre de livre puisqu’on parle là d’un petit garçon de 9 ans qui a perdu son père dans les attentats du 11 septembre et qui lui a laissé une clé. Et tous les livres, ça va être sa quête pour retrouver qu’est-ce que pouvait bien ouvrir cette clé. Et ensuite, ce qui est très touchant, c’est que ce petit garçon est est ultra sensible, en fait.

Et l’auteur arrive à nous faire ressentir cette sensibilité. Forcément, quand on a 9 ans et qu’on perd son papa, c’est quelque chose de terrible, mais il a tellement d’imagination que ça nous rend ça, en fait, ça nous rend extrêmement vivants. Et voilà, donc moi, c’est un autre bouquin qui m’avait vraiment marqué, qui accompagne, en fait, qui est le propre, je trouve, des chefs-d’œuvre, finalement, c’est de pouvoir nous accompagner. Est-ce qu’il reste quelque chose de ce bouquin-là encore aujourd’hui, alors que je l’ai lu il y a plusieurs années ? Ben oui, il est toujours là finalement. J’ai vu le film ouais, mais là je crois qu’on ne sera peut-être pas tous d’accord, mais moi ce qui m’avait plu dans le film, c’est bien que la critique n’était pas incroyablement bonne, mais moi j’avais retrouvé cette ultra sensibilité du petit garçon et un peu l’esprit du coup je trouve du livre et c’est pour ça que le film m’avait plu.

Alors il n’est pas exempt d’un certain pathos mais Le bouquin aussi et je trouve qu’il allait pas trop respecter finalement l’esprit en tout cas tel que je l’avais perçu. C’est peut-être pas la vie de tout le monde ici autour de la table.

Seul dans le noir – Paul Auster

Clément: Il faut que je reparle d’un autre livre de Paul Auster, qui s’appelle « Seul dans le noir ». C’est le récit de personnes qui ont perdu des proches dans le 11 septembre.

Et lui imagine un espèce de double récit où à la fois il y a une histoire de deuil, de comment est-ce qu’on réagit au deuil, qui relie d’ailleurs avec son obsession du cinéma, puisque pendant cette période-là, Je me souviens, je ne sais pas pourquoi, de cette partie-là du livre en particulier, mais le père de Fanny décide de regarder des films toute la journée avec sa fille, je crois, pour se remettre un petit peu de la mort du personnage qui est disparu, mais en s’obligeant à ne regarder que des films de qualité, ce qu’il appelle des films de qualité.

Et finalement, dedans, ils se refont une sorte de culture cinématographique. pour résister au deuil. Et parallèlement à ça, il y a une sorte de dystopie, donc presque une sorte de roman de science-fiction à côté de ça, qui imagine les États-Unis en pleine guerre civile. Alors ça peut être une sorte de métaphore du 11 septembre. C’est sa manière à lui d’avoir effectivement, comme tu dis, ça a apparemment impacté énormément d’auteurs. Lui n’y a pas échappé, donc il a donné sa propre version finalement de sa réflexion sur ce moment-là, qui s’appelle « Seul dans le noir ». C’est un petit livre. Vraiment très chouette.

Maxime: Parce que le 11 septembre, c’est sûrement l’événement qui a le plus marqué depuis la Deuxième Guerre mondiale. Et du coup, je pense que niveau la génération actuelle et la prochaine, on risque de se détacher de tout ce qui est Deuxième Guerre mondiale, dans beaucoup de thèmes et beaucoup d’histoires. Et je me posais la question justement, parce que ça, ça a été, ça a choqué, ça a marqué une génération. Si on se pose la question de la crise financière, par exemple 2008-2009, ou même de la crise actuelle du coronavirus, est-ce qu’on va voir ça dans la littérature d’ici 5, 10, 20 ans. J’ai des doutes parce que je ne pense pas avoir vu vraiment la crise financière dans des romans avoir un impact aussi important.

Clément: La question de la crise financière, c’est vraiment intéressant. Ça m’intéresserait de regarder un petit peu, effectivement, le Covid. Il y a un phénomène qui est assez intéressant. C’est tous les auteurs, il y en a eu plusieurs, qui ont écrit des fictions sur un phénomène très similaire, des fois très bizarrement proche du Covid, et qui ont hésité à publier leur livre en se disant que s’ils le publiaient maintenant, ça ferait trop téléphoner et qu’ils ne seraient pas crédibles. Et il y a notamment une autrice américaine qui a écrit une fiction de ce type-là. J’ai vu ça dans Courrier International. C’est très drôle parce qu’en fait, elle avait même écrit dans son livre, avant le Covid, que le virus provenait d’un pangolin. C’est vraiment le hasard total. Et elle a retiré ce détail-là de sa publication. Donc elle l’a publié maintenant. cette année et elle a retiré cette partie-là du livre parce que ce n’était pas possible, ça aurait été trop flagrant.

Thibaut: Je trouve que littérature peut-être pas au présent autant, mais en tout cas au cinéma j’ai l’impression un peu plus. Je trouve qu’on a plus là à faire à des conséquences de la crise de 2008-2009, donc subprime puis transformée finalement en crise financière, économique, etc. Aux Etats-Unis, ça a quand même laissé beaucoup de gens sur le carreau. En Europe, déjà beaucoup. beaucoup moins parce qu’on a un système de protection, de sécurité sociale meilleur, en tout cas plus élaboré on va dire qu’aux Etats-Unis. Ce qui n’empêche pas que ça entraîne évidemment des gens qui perdent leur emploi et qui tombent dans la misère, mais de manière moins importante qu’aux Etats-Unis où là on a vraiment des gens qui perdent complètement leur maison et qui se retrouvent à la rue.


Nomadland – Chloé Zhao

Thibaut: Je suis allé voir cette semaine Nomadland au cinéma. On ne sait pas exactement la crise financière qui a amené le protagoniste à vivre dans son van, mais c’est une ville dont l’usine ferme et c’est terminé. La ville est complètement réelle de la carte, le code postal est supprimé. Elle n’existe plus. Et donc ça parle d’une certaine Amérique aussi. C’est quelque chose qui arrive puisque la réalisatrice a vraiment souhaité impliquer des non-acteurs. Ce ne sont pas des acteurs professionnels mais des gens qui vraiment vivent comme ça dans leur van. Et ce sont des gens qui auraient l’âge d’être retraités mais qui ne peuvent tout simplement pas parce que leur retraite est beaucoup trop faible. Donc voilà, ici l’exemple vient en tête parce que je suis allé le voir cette semaine. Vraiment, vraiment formidable, un chef d’œuvre.

Donc vraiment, je conseille d’aller le voir et plus encore au cinéma que sur plateforme parce que je pense qu’il est disponible via Disney. Nomadland, c’est meilleur film, meilleure réalisatrice aux Oscars. Donc on s’éloigne du sujet littéraire mais c’est un film qui m’a marqué et c’est sur une musique de Ludovico Enodi, compositeur italien, compositeur et pianiste italien qu’on retrouvait notamment dans la bande son de Intouchables. Donc c’est ce piano très caractéristique. Voilà, et là, j’ai pas d’autres exemples qui viennent en tête, mais je pense qu’au cinéma, c’est quelque chose qu’on voit plus, pour répondre à ta question, Maxime.

Maxime: L’histoire du mobile home, il y a vraiment cette culture aussi du trailer park aux Etats-Unis, où c’est vraiment au niveau, être à la limite du seuil de pauvreté, ils vivent dans un camping-car. Mais du coup, dans Nomadland, l’actrice est vraiment nomade ou est-ce qu’elle se parle dans un parc de mobile home ?

Thibaut: Non, elle est vraiment nomade. En gros, elle change de petit boulot. L’hiver, elle va travailler chez Amazon. Donc là, elle se parke dans un endroit où… En fait, Amazon paye même son emplacement. Et donc, ils sont tous comme ça dans une espèce de van. Elle, c’est juste un van, donc elle n’est même pas extrêmement bien équipée. Et puis, l’été, elle va un peu plus dans le sud et elle va rencontrer un type qui donne des conseils pour comment vivre en van parce que ça touche énormément de gens. C’est comme ça qu’elle va rencontrer d’autres personnes.

La prestation de Frances McDormand, qui a obtenu l’Oscar de la meilleure actrice aussi, est encore une fois époustouflante. J’ai lu qu’elle avait préparé le rôle en vivant réellement dans son van pendant 4 à 5 mois. C’est quelqu’un qui s’implique. En plus, je trouve que c’est assez admirable aussi. Elle n’a pas eu trop de mal à se fondre dans la masse puisqu’il y a beaucoup de gens qui ne la connaissaient pas spécialement. On va dire que c’est une actrice qu’on connaît très spécialement, qui a un physique très particulier. Elle se fondait un peu dans la masse comme ça. C’est un film assez contemplatif, peu de dialogue, mais tellement beau. C’était mon retour au cinéma, après des mois de fermeture, et retour gagnant.

Maxime: Francis, on l’a aussi vu dans « Three Billboards Outside of Ebbing, Missouri ».

Thibaut: Tout à fait. Je trouve que le rôle ici montre plus ses capacités de jeu. Moi je l’ai vu aussi dans la série adaptée d’un livre qui s’appelle Olive Kittredge, qui est un livre dont le nom m’échappe. Ça avait été adapté en série par HBO. Où elle jouait aussi le rôle d’une femme un peu acariâtre. pour d’autres raisons que les malheureuses circonstances de 3 wheel boards. Mais ici, elle joue un rôle où tout le monde l’aime bien parce qu’elle s’entend bien avec tout le monde, sans être particulièrement affectueuse non plus. Ce n’est pas le même rôle, je trouve que c’est plus difficile à appréhender et d’autant plus admirable comme prestation.

Clément: Et puis, vous connaissez le principe des micro-maisons ? Non, ça ne vous dit rien ? C’est un phénomène américain qui s’est développé en Californie, qui vient d’un artiste qui s’est retrouvé, comme ça arrive très souvent là-bas, sans un sou au chômage, et qui a inventé un peu le concept de mobile home de qualité. Donc, c’est un peu lié au minimalisme, c’est essayer de trouver comment faire le maximum avec le moins de matériaux possible. Et du coup, d’essayer de trouver un moyen de donner aussi une satisfaction esthétique à des gens qui n’ont vraiment rien du tout. Donc il en a fait un concept, il a écrit un bouquin là-dessus, il y a tout un mouvement qui s’est construit un peu partout dans le monde.

C’est vraiment intéressant, même moi je suis intéressé aussi. Pour des jeunes c’est très bien parce que ça permet d’être propriétaire assez tôt sans dette, donc c’est intéressant. Et du coup c’est quelque chose d’un peu intermédiaire entre la vie « nomade » ça peut être, certaines sont sur roulettes, mais quand même avec quelque chose qui est une vraie maison. Ce n’est pas des murs en tôle et le look au bilot, c’est essayer d’avoir quelque chose, un peu de fait maison aussi, d’avoir son petit truc à soi, un peu originel.

Maxime: Et ça, c’est par exemple ça en préfabriqué, plus ou moins ?

Clément: Donc ça dépend. L’idée c’était plutôt que chacun le fabrique un peu soi-même. Certains font des choses vraiment incroyables et les architectes s’en sont emparés maintenant. Il y a plein de concepts de super mutiny house qui essayent plein de choses différentes. Il y en a une que j’ai vue récemment, ça va du Donc l’idée de départ c’était très peu chère, maintenant il y a un peu toutes les gammes. Mais il y en a une par exemple qui est un grand cube recouvert de miroirs, où tous les murs sont des miroirs sans teint. Donc de l’intérieur tu vois l’extérieur, c’est une baie vitrée, mais pas réciproque. Donc t’es vraiment chez toi, bien à l’abri, mais tu peux profiter d’une vue, si tu mets le truc là au bord de la mer ou sur une colline, ça peut être très très chouette.

Maxime: J’aurais peut-être juste des réserves niveau isolation.

Clément: Alors ouais, c’est aussi une passion de ce genre de gens, essayer de trouver le bon truc d’isolation. Maintenant il y a des matériaux, je ne sais plus exactement le nom, mais il y a une abréviation en fait, avec une sorte de trois couches, en céramique, en bois, je ne sais plus quoi, qui s’imbriquent assez rapidement et qui donnent une bonne isolation. Donc effectivement, ça déchaîne un petit peu la créativité de tout le monde en ce moment. Et ça se fait en Belgique aussi. Maintenant il y a une société qui propose ça.

Enfin plusieurs même. Le seul truc c’est la domiciliation qui pendant longtemps était un problème et qui l’est toujours en partie même si petit à petit ça se débloque. Je crois que c’est Louvain-la-Neuve qui a autorisé pour la première fois la domiciliation là-dessus assez récemment mais c’est assez long à venir. Concrètement la loi c’est assez étrange mais la loi en fait oblige un certain niveau de surface pour pouvoir mettre une boîte aux lettres dessus.

Maxime: A mon avis c’est pour éviter les bidonvilles.

Clément: Peut-être. Parce que là, l’idée, c’est du bien petit. Donc d’essayer de faire quelque chose de… Effectivement, avec des moyens humbles, trouver quelque chose qui a du sens esthétiquement et en termes de matériaux. Mais du coup, effectivement, c’est vrai qu’un bidonville, ça pourrait être une autre interprétation de cette idée, finalement. C’est un peu lié quand même à cette tendance qu’on voit vers la précarité d’une certaine manière. Économiquement, on est dans un monde qui essaye de valoriser justement une forme de relation plus instable avec la vie.

Et ça construit des métiers temporaires, des espèces d’appels à ce genre de vie différente. Mais en même temps, je trouve que c’est une bonne contrepartie de ce qu’on avait aussi à une époque, qui était vraiment la maison en briques, l’emprunt sur 30 ans, le métier à vie. Donc on sent qu’on essaye de trouver autre chose. Et en même temps, voilà, on est dans cette partie de transition, on fait exactement le contraire des générations d’avant, donc c’est pas terrible non plus. Mais bon, je trouve ça intéressant que les choses évoluent.

Maxime: Oui, du coup, c’est un petit peu l’IKEA de l’immobilier.

Clément: Alors IKEA vient poser sa propre version, effectivement. Mais c’est pas la meilleure, ça ressemble plus à un mobilhome, ce qu’ils ont fait.

Maxime: D’accord.

Clément: Un peu dommage.


Into The Wild – Jon Krakauer

Maxime: C’est une transition facile au niveau mobile home et tout ce qui est vie nomade avec Into the Wild. C’était une facile affaire, mais c’est aussi un sujet sur lequel on s’est un petit peu concentré.

Clément: Il y a pas de yurt dans Into the Wild, je ne me souviens plus. Il n’y a pas de yurt ?

Maxime: Non. Et en fait, c’est soit la vie en mobilhome, soit la vie à même le sol. C’est soit une tente, ou la vie dans un autobus abandonné de l’Alaska.

Clément: Malheureusement, je n’ai pas lu le livre, mais j’ai lu le film qui a quand même de très belles scènes, très belles musiques aussi, des ambiances assez chouettes.

Maxime: Oui, et j’ai même lu que l’autobus en fait, je sais pas s’ils ont profité de la crise, mais il a disparu, donc ils l’ont en fait hélicoporté, ils ont décidé, parce que ça faisait quand même un bail qu’il était là, et ils ont décidé de le retirer de la nature. Et donc maintenant je crois qu’il repose en paix dans une sorte de décharge. C’est arrivé je crois en avril ou mai 2020, donc ça c’est…

Clément: Et pour quelle raison ? On a dû l’hélico planter ?

Maxime: C’est vrai, il faudrait que j’en lise. Mais il y avait aussi un côté pèlerinage suite au livre, suite au film. Il y a beaucoup de touristes qui maintenant le cherchaient, qui s’aventuraient là. Bon, parfois, je ne dirais pas en risquant leur vie, mais ça reste quand même dans la nature. plus ou moins profonde et qui peut toujours causer problème.

Clément: Effectivement, je vois déplacé pour raison de sécurité. Le parisien qui a fait une info là-dessus. L’endroit est affecté de conditions météorologiques imprévisibles et parfois dangereuses. Et effectivement, celui qui était là, ça ne lui a pas bien profité. Mais du coup, plusieurs explorateurs ont dû être secourus et certains d’entre eux sont morts. La garde nationale de l’armée de l’Alaska n’a pas encore révélé l’endroit où a été déplacé le véhicule. C’est incroyable.

Maxime: Et puis c’est l’Alaska, ce qui est grands espaces. Et ça, il faut dire aussi, c’est une nature qui a vraiment cet attrait, mais qui peut aussi se retourner contre toi assez rapidement. Par exemple, les cours d’eau qui ont l’air sympas pendant l’hiver, et puis vient le printemps, il est cru. C’est toute autre chose au niveau paysage et difficultés de la vie.

Clément: Est-ce que ce n’est pas ça qui est attirant aussi, le fait d’avoir l’impression qu’il n’y a plus de contraintes, parce qu’on n’est plus dans une zone, justement, policée, manipulée pour que ce soit vivable. Et du coup, on a exactement le revers de la médaille. On est effectivement dans un monde qui n’a pas été adapté pour être vécu, pour pouvoir être adapté à la vie. Donc c’est le danger finalement. Et donc le danger peut-être est toujours attirant dans ce sens-là, je ne sais pas.

Maxime: Et l’idée de pouvoir se prouver assez aîné aussi, de pouvoir vivre quelques jours, quelques mois en dehors.

Clément: Le film aussi, c’est un peu l’initiation à la vie adulte. C’est aussi le côté tragique. Moi, je sais que j’en avais discuté un petit peu avec mes parents, qui avaient été traumatisés par ce film. En se disant, c’est ça que pense un jeune homme quand il se dit, pour devenir adulte, il faut risquer la mort. Ça ne va pas. En tant que parent, on se dit, c’est trop dur.

Maxime: À l’époque, on m’avait conseillé le film. Et puis, quelques jours après, on m’a dit, ne le regarde pas parce que ça ne se termine pas très bien. Donc, on ne voulait pas donner une mauvaise idée.

Clément: Ça peut être éducatif aussi si on veut le prendre dans ce sens-là. On se dit tiens, je ne referais pas la même bêtise que lui peut-être, on trouverait une autre manière de faire. Parce que le personnage n’est pas volontaire dans cette idée-là de vouloir mourir quand même. Ça c’est intéressant, c’est que lui il veut plutôt trouver son indépendance. Et c’est une erreur qu’il le tue. Ce n’est pas lui-même qui essaye de se mesurer forcément à la mort. En tout cas, ce n’est pas présenté comme ça. C’est plutôt son innocence qu’il mène dans un contexte où il n’y avait rien de prévu pour ça. Et donc ça le tue.

Maxime: Ça reste à débattre. Je ne sais pas ce que tu en penses, Thib.

Thibaut: Et moi j’ai pas lu donc je connais pas. Du coup je viens d’être spoilé.

Maxime: Mais tu n’as pas vu le film ?

Thibaut: Non pas du tout. Il me semble que j’en avais lu de bonnes critiques et que le bouquin a aussi de bonnes critiques donc dans ces cas là il vaut mieux lire le bouquin de toute façon avant d’aller voir le film. Et donc là j’ai toujours résisté parce que je pense que j’ai les deux à la maison. je pourrais faire la facilité de voir le film, mais non. Pour l’instant, c’est un des livres majeurs, en tout cas quand on parle de l’Amérique des grands espaces, qui sont des livres que moi, que j’aime beaucoup, donc je pourrais vous parler de pas mal de choses.


Les Bisons de Broken Heart ; Rite d’Automne – Dan O’Brien

Et là, quand on parle de nature writing, qui est un peu la panache des Américains, moi je pense immédiatement à Dan O’Brien. qui a écrit, moi j’en ai lu deux, j’ai lu les Bisons de Broken Heart et Rite d’Automne. Et alors, on retrouve là un peu les caractéristiques de ce Nature Writing, c’est-à-dire que c’est des écrivains qui écrivent sur leur vie vraiment. Donc on n’est pas dans un univers très fictionnel, on parle vraiment de la nature telle qu’ils la vivent, et comment on la vive parfois malgré elle aussi. Dans les Bisons de Broken Heart, là, en fait, Dan O’Brien il s’installe dans un ranch qui porte ce nom-là, Broken Heart, et il veut, c’est un peu son rêve, c’est de revivre un peu comme si ce sont des terres indiennes en fait, et de revenir avec des bisons sur ces terres qui, à l’origine, étaient là. Mais seulement, avec les années, c’est l’élevage bovin qui s’est imposé. Ce qui se passe, c’est qu’en fait, toutes ces vaches, elles sont pas spécialement… Enfin, le climat leur convient pas spécialement, en fait.

Et lui, son idée, c’est vraiment dire, bien sûr qu’il faut faire de l’élevage, on n’est pas non plus dans un discours écolo simpliste. Non, non, bien sûr, on doit faire de l’élevage, mais il faut faire de l’élevage, on va dire, intelligemment. Donc, les bisons vivaient à cet endroit-là, mais pourquoi est-ce que je ne vais pas essayer de remettre des bisons ? Il se heurte finalement aussi un peu à la compréhension de ses lointains voisins qui ne voient pas les choses de la même manière que lui. Mais alors ce qui est intéressant aussi c’est que lui va nouer une certaine relation avec ses bisons puisqu’il va essayer de s’en faire de l’anthropomorphisme si on passe sur le terme. Donc voilà, ce sont bien sûr des bêtes, mais voilà, il essaie de les comprendre. Et c’est en ça que c’est intéressant.

On retrouve ça aussi dans Rite d’Automne, puisque là, il va nouer une relation, ce qu’il a écrit bien avant. Rite d’Automne, c’est la fin des années 80. Là, en fait, il veut réintroduire dans la nature une femelle faucon, je pense. Un rapace, en tout cas. Mais en fait, il doit lui apprendre à chasser. C’est là toute la difficulté, puisqu’elle a toujours vécu en captivité, ou quasiment. Et donc là aussi, c’est une certaine relation qui va se nouer avec cette femelle faucon qui va le blesser aussi, c’est pas non plus… C’est un animal sauvage, bien sûr. Et donc cette idée, c’est de vivre… Il y a à la fois une ode à la nature, à la liberté, mais aussi le respect en même temps de celle-ci. On retrouve ça, j’ai envie de dire, c’est quelque chose qui n’est… qui a nul autre pareil. On ne voit pas ça ailleurs qu’aux Etats-Unis. En tout cas, moi, j’en ai jamais vraiment entendu parler.

Maxime: Et si on retourne sur Into the Wild, moi, je serais plutôt d’avis, il y avait vraiment un manque de préparation côté de Christopher, donc le héros, et qui me pousse à penser que ce serait peut-être une sorte de suicide, qu’il aurait quand même un petit peu cherché dans certaines manières. Il y aurait peut-être aussi un petit côté bipolaire ou schizophrène avec changement de comportement. On voit à travers le livre ou même le film, parfois il se présente comme Christopher et parfois comme Alex, donc son nouveau nom, le nom de la liberté. Donc Alex Supertramp. Et parfois il signe l’un, parfois l’autre. Parfois il se présente comme l’un et parfois l’autre. Ou quand il signe dans le bus son nom, quand il grave son nom. C’est en fait Christopher qu’il signe. Il admet peut-être sa défaite au final et il parvient pas à assumer son nouveau nom d’Alexander. C’est un petit peu l’impression que j’avais.

Clément: Et en même temps, l’apparence de schizophrénie, ça peut être lié aussi à la recherche d’une identité, finalement. Quelqu’un qui n’est pas encore adulte, qui essaie de trouver un peu la forme de sa vie, et donc ça peut passer par le changement de prénom.

Maxime: Parce qu’on nous le présente comme un gars très intelligent, qui a bien réussi, mais qui au final ignore pas mal de consignes, au niveau de nourriture aussi. Il aurait pu y avoir plus que ce qu’il avait au final avec lui, par exemple. Sans trop rentrer dans les détails. Je pense qu’il y a un petit peu aussi la compréhension que même s’il parvenait à sortir de l’Alaska et retourner à la vie normale, ce serait toujours la même vie qu’il essayait d’éviter. Donc il y avait apparemment d’échappatoires. Donc ça ce serait un petit peu mon opinion.

Forêts de Sibérie; Panthère des neiges – Sylvain Tesson

Clément: Donc c’est un petit peu la lecture, mais probablement peut-être assez précise du livre, mais peut-être la lecture un peu pessimiste, qui serait de dire que c’est quelqu’un qui cherchait à échapper à un mode de vie qui ne lui convenait pas, et qui n’a trouvé que la mort pour y arriver. Alors que l’avis d’explorateur, ça existe, Sylvain Tesson, tout ça, vous connaissez ?

Maxime: Oui, j’ai lu « Dans la forêt de Sibérie », qui m’a bien plu. Bon, après je me rappelle avoir lu une critique aussi. On disait qu’il parlait un petit peu trop de lui et pas suffisamment de ce qui se passait aux alentours. Il revenait beaucoup à sa vie parisienne. C’est les culs aussi. Et qu’il exagérait un petit peu son niveau d’isolement. Qu’il était assez proche en fait d’autres trappeurs. Qu’il avait quand même son petit réchaud ou un petit four dans la grande tente, un truc comme ça. Donc c’était un petit peu faire le show.

Thibaut: J’ai lu « La panthère des neiges », pour lequel il a obtenu un… c’est le Renaudot, je ne sais plus, il me semble qu’il a obtenu un prix. Moi j’ai beaucoup… j’ai découvert, enfin je connaissais le nom, mais je ne l’avais encore jamais lu. J’ai vraiment beaucoup aimé, donc là en fait le point de départ c’est partir à l’affût d’une panthère des neiges, donc ça va être vraiment de traquer, donc comme pour partir à la chasse, sauf que évidemment c’est pas pour la chasser, c’est simplement pour la voir. Et donc c’est toute cette approche qu’il va décrire, et c’est dans une langue très érudite, donc c’est pas facile à lire je trouve, Sylvain Tesson. Et en même temps, c’est extrêmement intéressant aussi, toute cette pratique d’attente, parce que finalement, il doit attendre, donc on s’embête aussi dans l’attente. Et finalement, il va la découvrir, mais tout à fait par hasard, sans s’en rendre compte complètement. Et c’est ça aussi qui est assez amusant dans ce livre.

Clément: Ah oui, il est récent celui-ci, je ne le connaissais pas. En 2019. Il est sorti.

Maxime: Et du coup, c’était aussi en Russie ?

Thibaut: Il remonte le Mekong, donc c’est plutôt… Je ne suis pas sûr qu’il soit encore en Chine, mais plutôt ce côté-là, quoi. Mais pas en Russie.

Clément: Parce qu’il parle le russe. Il est assez amoureux de la Russie, apparemment.

Maxime: C’est un truc au sein des intellectuels français, cet amour, cet attrait de la Russie. Carrière qui est vraiment tentée et qui a fait aussi des reportages, qui a été vivre en Russie. qui a écrit sur Limonov aussi, un livre très intéressant. Limonov aussi un personnage exceptionnel, je trouve, en lisant le livre, qui a vécu mille vies sur ses 60-70 ans. Donc oui, il y a cet attrait. C’est un attrait partagé, je pense. Je crois que les Russes, tout ce qui est Slaves, ils ont aussi cet attrait pour la France. Et de l’autre côté, l’effet miroir. La France a cet attrait pour la Russie, surtout, je pense. Les grands espaces, en fait.

Clément: Oui, c’est rigolo, parce qu’effectivement, quand on parle de grands espaces américains, il y a la symétrie en Russie. C’est d’autres grands espaces, mais qui ont quand même porté un peu le fantasme dans la fiction qui se retrouve en Russie.

Thibaut: Je ne connais pas très bien la littérature russe, mais j’ai l’impression que ça fascine moins que ça me fascine aux Etats-Unis, peut-être parce que les conditions de vie sont beaucoup plus rudes. Quand on pense à la Sibérie, ce n’est pas la même chose aussi. Je ne sais pas, c’est peut-être une simple hypothèse.

Clément: Bah oui, ça dépend. Mais effectivement, des types comme Tesson, par contre, ils sont partis là-bas pour cette raison-là. Je crois même que Tesson a étudié la géographie, et je pense que la littérature russe n’y est pas pour rien. Donc c’est vrai que ça doit être aussi des impressions peut-être d’enfance, ou de tomber dessus adolescent, et tout d’un coup d’avoir cette espèce d’idée d’un monde immense à explorer, et c’est peut-être ça qui attire. Après, il y a peut-être une question de génération aussi. C’est peut-être très lié au 19e siècle.


Le Fils – Philipp Meyer

Thibaut: Les grands espaces aussi, c’est peut-être aussi un peu lié à la conquête de l’Ouest. Tu n’as peut-être pas ça ailleurs aussi. Et d’ailleurs, ça me fait penser à propos de conquête, finalement, à un autre livre que j’ai lu qui s’appelle « Le Fils » de Philipp Meyer, qui a été adapté en série avec Pierce Brosnan dans le rôle-titre. Je pense que c’est plus disponible sur Auvio maintenant, ça l’était encore, donc vous pouvez voir ça en accès libre, mais plus maintenant malheureusement. C’est l’histoire d’une famille sur trois générations en même temps. La première partie, on va dire, c’est un jeune qui se fait enlever par les Indiens et qui vit à la dure puisqu’il est complètement incorporé, on tue sa famille, etc. Il vit comme un Indien. Puis on le retrouve, lui, c’est quelque chose comme 50 ans plus tard, à la tête d’un empire, d’un ranch, un peu déclinant, mais qui découvre le pétrole.

Donc il va se reconvertir finalement là-dedans. Et enfin, la troisième, c’est la petite fille. Et en même temps, à ce moment-là justement, pendant qu’il construit son empire, il reproduit finalement la même cruauté que ce qu’il a vécu chez les Indiens. et cruauté dans laquelle ne se retrouve absolument pas son fils, qui est toujours partagé entre le désir d’être fidèle à sa famille, à ce qui a été construit, parce qu’il vit grâce finalement à ces cruautés-là aussi. Et en même temps, son amour aussi pour une femme mexicaine alors qu’il est marié.

Plein de doutes, contradictions parfois aussi. Et enfin, le troisième, c’est la petite-fille de ce patriarche qui avait été enlevé quand il était jeune par les Indiens, qui, elle, est à la tête d’une sorte d’empire pétrolier, et qui a peu d’état d’âme dans sa manière de construire son affaire. Et là aussi on a une histoire de conquête finalement des espaces, de territoire indien finalement, sans scrupules finalement. Et à chaque fois on a plusieurs époques qui s’entremêlent et donc c’est assez bien construit. Et ça se passe au Texas. et donc adapté en série également.

Clément: Et c’est une série fermée ? Il y a des épisodes qui sont…

Thibaut: Ouais, c’est deux saisons de dix épisodes, alors ça ne suit pas exactement le livre dans la mesure où La Petite Fille, on la retrouve que dans la deuxième saison, en tout cas en temps à la tête, donc dans les années 70, on la retrouve finalement qu’à la fin, on la retrouve que dans la deuxième saison. Dans le livre on n’a que deux époques, dans la série on n’a que deux époques, alors que dans le livre on en a trois.

Clément: Mais c’est souvent les effets de condensation dans le transfert, dans les versions filmées, souvent il y a un espèce d’effet de condensation, on choisit certaines parties de quelque chose pour revenir.

Thibaut: Oui, sans doute. Mais on retrouve quand même des moments assez violents, parce qu’on tue sans beaucoup de scrupules. Ce qui compte pour le patriarche, c’est d’agrandir cette ère, c’est de faire de l’argent. Et le fils, son fils justement, n’a pas du tout cette vision-là des choses. Et donc c’est très très dur pour lui aussi. J’aime beaucoup les romans dont la narration n’est pas linéaire, donc là j’étais assez servi. Et ça marche évidemment quand c’est bien construit, et ici c’est le cas. Je pense que c’est un premier ou un deuxième roman, quand même un coup de maître de réussir ça.

Clément: Mais alors Philippe Miller, il est connu par ailleurs, non ? Moi je connaissais Je ne sais pas, mais apparemment c’est aussi un humoriste.

Thibaut: Ah bon ? T’es sûr que c’est le même ?

Clément: Je confonds peut-être, oui. Ça doit être un autre, oui. D’accord, ok. Donc c’est vraiment un romancier.

Maxime: Et du coup, Tibo, il y a une question qui me taraude. Il a été enlevé, et il a été élevé par une tribu indienne.

Thibaut: C’est début de l’adolescence, on va dire. Peut-être deux ou trois ans, pas plus.

Maxime: D’accord. Et comment est-ce qu’il fait la transition entre cette éducation-là et puis devenir grand propriétaire terrien ?

Thibaut: Je ne vais pas tout vous révéler, mais il va finir par fuir ces indiens-là. Il faut savoir que plus les années passent, plus les indiens sont réduits à une portion congrue de territoire et donc rencontrent de plus en plus finalement des hommes blancs.

Thibaut: Même s’ils commencent à s’habiller forcément comme les indiens, ça reste un blanc. Donc on finit par le repérer comme ça aussi, c’est-à-dire pas l’enlever mais plus ou moins, il se retrouve finalement dans les hommes blancs. Alors comment est-ce qu’il arrive après à construire son empire ? Je ne sais plus comment il commence, pour être tout à fait honnête. Mais après, de toute façon, il n’hésitera pas à voler des terres. Du temps au moment où il y a le pétrole qui arrive, si le pétrole en fait ne se trouve pas sur son terrain mais sur le terrain d’un autre, il va tout faire pour reprendre cette terre-là. Et donc il arrose le shérif local ou des choses comme ça et c’est comme ça qu’il construit son empire. Certainement pas de façon honnête, absolument pas.

Maxime: Oui, c’est sûrement… Peut-être un petit peu un cliché, mais l’image que j’ai, et ça me vient des Simpsons, donc la série cartoon, c’est à chaque fois qu’on représente les Indiens d’Amérique, ce sont des gens qui sont trouvés dans l’alcoolisme et qui sont propriétaires de casinos. Donc je ne sais pas ce qui est véridique là-dedans, mais je pense qu’il y a aussi une grande détresse, peut-être la découverte de l’alcool aussi, l’obsession du vieux, et tout ce qui est d’être déraciné vraiment des terres et de la nature. Peut-être essayer de combattre ça avec ces deux addictions, ça à vérifier.

Clément: Ils ont obtenu des droits d’exploitation du Grand Canyon, je crois notamment.

Thibaut: Effectivement, ça reste une source de revenus là-bas. Après bon, ils ont toujours été complètement expulsés, puis cantonnés à des réserves, mais des portions vraiment congrues de territoire. Ce qui est bien aussi, là j’ai plus un souvenir de la série, la violence des deux côtés. Il y a personne qui est blanc dans l’affaire. Bien sûr, les Indiens sont des victimes au départ, mais ils n’hésitent pourtant pas non plus à vendre chèrement leur peau et à tuer. et à tuer sans raison de tuer. Parfois, on tue des Blancs simplement parce qu’ils sont Blancs, de la même manière que les Blancs le font avec eux. Moi, j’ai lu pas mal… Enfin, j’ai lu pas… Non. J’ai lu quelques romans indiens aussi, donc je sais pas si… Enfin bref, j’ai pas… Ah bon ? D’accord, ouais. Peut-être une… Ça serait intéressant, ouais. Mais ce sentiment de déracinement et tout ça, c’est très présent dans un bouquin qui a été très remarqué, Maxime, donc on pourra en reparler une prochaine fois.

Clément: Un petit nom d’auteur, quand même, non ? Tommy Orange.

Thibaut: « Ici n’est plus ici ».

Clément: D’accord.

Thibaut: En anglais c’est « There, there ».

Clément: Chouette. Merci. Suspense pour la prochaine fois.

Maxime: Merci Clément, merci Thibault. Et voilà qui termine le premier épisode de KULT. A la prochaine.


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