Recommandations Lectures – Top de 2021

Il y a tant de choses à faire, tant à lire, à voir et à regarder.
Faire le tri dans tout ce bruit peut être difficile et épuisant. Voici mes recommandations de lecture si vous cherchez un peu d’inspiration.
C’est une liste éclectique composée de fictions, d’essais, d’autobiographies et d’ouvrages de philosophie. Vous pouvez retrouver la plupart des livres mentionnés en cliquant sur les liens des titres.
J’espère que vous apprécierez cette liste détaillée — dites-moi ce que vous en pensez ! 🙂
Philosophie & Réflexion
Free Will — Sam Harris
Sam Harris est philosophe ; il a écrit sur la religion et le libre arbitre. Dans cet essai, il avance que le libre arbitre pourrait bien n’être qu’une illusion. Selon lui, nos actes ne relèvent pas d’une quelconque intervention divine, mais de décisions prises à un niveau moléculaire, bien loin de ce murmure que nous appelons nos pensées.
Si tout se joue à l’échelle moléculaire, nous aurions peu ou pas d’influence. La prochaine phrase que je prononcerai, à moins de la lire ou de réciter un texte appris, pourrait me surprendre autant qu’elle vous surprendrait.
En somme : si j’ai un libre arbitre, comment se fait-il que je ne puisse pas prévoir ma prochaine pensée ? Cela signifie-t-il que je ne pense pas aussi librement que je le… pensais ?
Nous frémissons avec lui lorsqu’il affirme que si l’on devait réfuter l’existence du libre arbitre, il faudrait en même temps absoudre tout individu de toute responsabilité, puisque ses actions auraient déjà été décidées ailleurs que dans ses pensées.
Si l’on acceptait ce point de vue, les meurtriers seraient-ils encore coupables ? Et les personnes à qui tout réussit, le méritent-elles vraiment ? Le lien avec la notion de prédisposition est évident — on s’approche ici d’une sorte de destin moléculaire.
Autobiographies
Permanent Record – Edward Snowden
Permanent Record est l’autobiographie d’Edward Snowden — lanceur d’alerte, ancien employé de la CIA et de la NSA. En 2013, il commence à divulguer des informations top secrètes sur les programmes de surveillance de masse.
Il part alors en exil à Hong Kong, puis obtient l’asile à Moscou.
Dans cette autobiographie, Snowden revient sur son enfance — celle d’un garçon naturellement passionné par les ordinateurs. Il détaille ensuite ses mandats à la CIA et à la NSA, jusqu’à expliquer les motivations qui l’ont conduit à révéler les données.
Issu d’une famille militaire patriote, les attentats du 11 septembre ont eu un impact décisif sur lui : à 18 ans, il décide de servir son pays.
Il devient consultant en cybersécurité et découvre progressivement différents programmes. Mais plus ces programmes deviennent intrusifs, plus il remet en question son éthique, son rôle, et celui de ses employeurs dans une lutte antiterroriste qui empiète largement sur la vie privée.
Une histoire sensible et honnête sur un sujet contemporain et brûlant.
Non-fiction — Technologie
The Innovators — Walter Isaacson
Difficile de classer ce livre : c’est à la fois une biographie de l’informatique — du matériel, des logiciels, des algorithmes, de la connectivité, de l’expérience utilisateur — et une célébration des passionnés, des équipes qui ont imaginé l’impossible et l’ont rendu réel. C’est l’histoire de ceux qui ont rêvé d’une machine universelle : l’ordinateur que nous connaissons aujourd’hui.
Tout commence avec Lord Byron et sa fille, Ada Lovelace, qui imagine les premiers algorithmes et rêve d’une machine universelle — mais la technique pour les réaliser n’existe pas encore.
Isaacson explore ensuite :
- L’ordinateur, avec Alan Turing ;
- La programmation, avec John von Neumann, l’un des plus grands mathématiciens du siècle ;
- Les révolutions matérielles : d’abord le transistor, avec Gordon Moore et sa célèbre loi ; puis le microprocesseur, avec Marcin Hoff, Andy Grove et Intel ;
- La naissance des jeux vidéo ;
- Internet ;
- Les premiers ordinateurs personnels (PC) ;
- Le monde du logiciel, avec Bill Gates, Steve Jobs, Linus Torvalds ;
- L’ère en ligne.
Walter Isaacson tisse le tout avec brio. C’est aussi un beau rappel que les réussites collectives dépassent souvent ce qu’un individu isolé peut accomplir — surtout lorsque des esprits brillants se rencontrent, s’inspirent, se critiquent et se défient.
The Future of Humanity — Michio Kaku
S’il faut parler des penseurs de l’impossible, des créateurs du futur, Michio Kaku est incontournable. Dans The Future of Humanity, il imagine l’avenir à partir des technologies actuelles et à venir. Les grands thèmes :
- Comment pourrions-nous terraformer Mars, c’est-à-dire la rendre habitable et semblable à la Terre ?
- Les voyages interstellaires : nouvelles approches, propulsion photonique, voiles solaires, etc.
- Quel est notre destin dans la galaxie ? Quelles limites, quels défis ?
Michio Kaku reste optimiste, prend le temps d’expliquer les concepts tout en gardant une certaine humilité face à ce qui est (ou non) à notre portée.
Non-fiction — Histoire
Saint-Pétersbourg : Trois siècles de désir meurtrier — Jonathan Miles
Miles retrace la naissance de Saint-Pétersbourg et sa vie tumultueuse, de ses origines à nos jours.
Tout commence avec Pierre le Grand, qui fonde la ville dans une zone inhospitalière du nord-ouest de la Russie, entre terre, fleuve, marais et petites îles.
En deux siècles, l’Empire connaît pas moins de quatorze tsars. Ville bouillonnante sur les rives de la Neva, Saint-Pétersbourg est une métropole impossible surgie des marécages et des brumes glacées. Capitale neuve dans un vieux pays, elle portera plusieurs noms : Saint-Pétersbourg, Petrograd, Leningrad, avant de retrouver son nom d’origine.
Ses dirigeants en font une vitrine vers l’Europe et les Lumières. Pendant des siècles, elle attire artistes et intellectuels : c’est là que naissent la littérature, la musique, le ballet russes, avec Pouchkine, Dostoïevski, Tchaïkovski.
Mais c’est aussi un terreau de tensions et de sang — guerres, famines, révolutions. C’est le tremplin de Lénine et de Staline.
Un portrait inoubliable d’une ville et de son peuple.
Into Thin Air — Jon Krakauer
Ce livre est en tête de ma pile 2021. Bien que l’histoire remonte à près de trente ans et ait été adaptée au cinéma, Jon Krakauer — également auteur de Into the Wild — nous plonge ici dans un environnement encore plus hostile : le toit du monde, l’Everest.
Krakauer, aventurier chevronné, était alors journaliste pour Outside Magazine, qui finançait l’expédition. Son objectif initial : s’arrêter au camp de base et évoquer les pressions commerciales autour de l’alpinisme. Finalement, il fait l’ascension complète.
La suite est tragique : plusieurs membres de son groupe périssent, les guides ayant poursuivi l’ascension malgré l’heure tardive, compromettant la sécurité du retour.
J’ai eu l’occasion d’assister à une conférence avec Adam Bielecki, alpiniste polonais venu secourir Élisabeth Revol sur le K2 en janvier 2018, en pleine tempête. Il dénonçait déjà les ascensions « de liste à cocher », sources d’imprudence et de drames.
Deux films relatent cette tragédie : Into Thin Air: Death on Everest (1997), adapté du livre, et Everest (2015), inspiré des mémoires d’un autre alpiniste.
Fiction
La Moustache — Emmanuel Carrère
Marc et Agnès vivent à Paris. Un soir, Marc se regarde dans le miroir, admire sa moustache et plaisante : il pourrait bien la raser. Sa femme rit : « Je ne te reconnaîtrais pas sans ! », puis sort faire une course.
À son retour, il l’a rasée — mais elle ne réagit pas. Plus tard, ils rejoignent des amis : personne ne remarque rien. Quand Marc évoque son ancienne moustache, tous le regardent, interloqués :
« Une moustache ? Quelle moustache, Marc ? Tu n’en as jamais eu ! »
S’ensuit un thriller psychologique fait de paranoïa, de confusion et de doute. Le roman de Carrère a été adapté au cinéma avec Vincent Lindon et Emmanuelle Devos.
Adresse inconnue — Kathrine Kressmann Taylor
Roman épistolaire sous forme d’échange de lettres entre deux amis et associés, entre 1932 et 1934.
Max, juif américain vivant à San Francisco, écrit à Martin, rentré en Allemagne et séduit par le renouveau national après la défaite de 1918. Martin admire ce que le parti au pouvoir accomplit ; les gens retrouvent fierté et espoir.
Max s’inquiète pour les Juifs, les boycotts, les violences. Martin lui répond : si des millions de personnes voient leur sort s’améliorer aux dépens de quelques-uns, n’est-ce pas un moindre mal ? Les deux hommes s’éloignent peu à peu.
Martin, désormais influent, demande à Max de cesser toute correspondance pour ne pas compromettre sa position. Mais Max continue d’écrire : il cherche des nouvelles d’une parente disparue, Giselle. Les lettres reviennent avec la mention “Adresse inconnue”. Max prend alors sa revanche…
Éducation européenne — Romain Gary
Le roman s’ouvre sur un jeune garçon, Janek, qui creuse un trou avec son père. Nous sommes dans les années 1940, au nord de la Pologne, près de Wilno (aujourd’hui Vilnius).
Wilno est sous occupation allemande. Les partisans — résistants — se cachent dans la forêt. Ils sabotent, survivent, espèrent. Un jour, le père de Janek ne revient pas. Le jeune garçon finit par rejoindre les partisans, rencontre Zosia, une fille de son âge, et Dobranski, un écrivain qui rédige un roman intitulé Éducation européenne.
Comme le dit Dobranski, cette « éducation européenne » est celle du sang, des bombes, de l’horreur, du viol et de la mort — bien loin de l’éducation faite de livres et de théâtre. Romain Gary s’est partiellement inséré dans ce personnage, jeune écrivain relatant la guerre en pleine action.
Une œuvre forte, à tonalité autobiographique, dans la lignée de La Promesse de l’aube.
La plupart de ces titres ont été abordés dans le podcast mensuel
